Du 1200 bauds au gigabit…

Les différentes restaurations ou recréation de services vidéotex posent la question du moyen de connexion et de consultation de ces services.
Il est en effet souhaitable que ceux-ci soient les plus accessibles possibles pour que ce patrimoine soit préservé dans sa version vivante et interactive.

Pour permettre de consulter des services vidéotex sans dépendre de matériel d’époque (que ce soit un Minitel ou un ordinateur des années 80 / 90), plusieurs pistes sont possibles et cet article essaye d’en faire le tour.

Le besoin est donc de faire communiquer un terminal avec un serveur.

Les terminaux d’époque

Il s’agit bien sûr majoritairement des Minitel. Un Minitel est équipé d’un modem et d’une prise péri-informatique.

Le modem du Minitel fonctionne en V23 à 1200/75 bauds et de rares modèles plus récents comme le Magis Club possédaient un modem à 9600 bauds pour le TVR “Télétel à Vitesse Rapide”. La modulation V23 est relativement simple, les 0 et 1 correspondent à un signal à 2100 et 1300 Hz.

Bien sûr des émulateurs fonctionnant sur micro-ordinateurs et utilisant un modem du même type peuvent aussi être utilisés.

La prise péri-informatique est un port série de type RS232 mais en niveau TTL (5V). Sur les Minitel 1, elle est limitée à 1200 bauds, mais à partir des modèles bi-standard, elle peut fonctionner à 4800 puis à 9600 à partir de la génération des Minitel 2.

Les terminaux actuels

Les Minitel se font de plus en plus rares et la connexion téléphonique reste peu facile à mettre en œuvre à travers nos box ADSL et lignes téléphoniques de moins en moins analogiques. La compression audio en VOIP posse aussi quelques problèmes et provoque souvent des parasites.

Les émulateurs sont donc la solution la plus universelle pour consulter un service videotex depuis un matériel d’aujourd’hui: ordinateur, tablette ou smarphone.

Un excellent émulateur a été développé par Frédéric Bisson (zigazou). Il fonctionne en javascript dans un navigateur web ce qui en fait une solution très universelle. Il se connecte au serveur par websocket, une surcouche au protocole HTTP utilisé par le web.

Les serveurs d’époque

Le serveur peut être un ordinateur d’époque, équipé de modems, de ports série ou d’adaptateurs X25 et plus rarement d’un accès par réseau local.

Les modems ont besoin d’une ligne téléphonique et vue la disparition progressive du réseau téléphonique commuté, on peut recourir à la VOIP à l’aide d’adaptateurs VOIP/analogique comme le Linksys PAPT2.

C’est ce qui est utilisé par exemple sur les serveurs d’époque que j’ai restauré. L’Apple //e hébergeant COMPUTEL est équipé d’une carte modem AppleTel, reliée à un adaptateur VOIP Linksys et des lignes VOIP louées chez OVH. De même pour le serveur Dragster tournant sur Macintosh, les modems sont connectés eux aussi en VOIP de la même façon. Ils sont donc accessibles par téléphone comme l’étaient les micro-serveurs des années 80/90 avec un numéro à 10 chiffres.

Le port série permet une connexion locale avec un Minitel, via sa prise péri-informatique.

Pour le X25, il est bien plus complexe mais envisageable de remonter un réseau simulant le fonctionnement de Transpac, mais cela implique aussi d’avoir une fonction de type PAVI. C’est un chantier passionnant à démarrer et qui nécessitera de cumuler les compétences de plusieurs passionnés.

Sur le serveur Dragster, une connexion par réseau local est aussi possible. Elle utilise le protocole ADSP (Appletalk Data Stream Protocol) qui s’appuie donc sur Appletalk et pas TCP/IP.
Ce mode de connexion est toutefois difficile à exploiter aujourd’hui, peut être avec netatalk…

Les serveurs actuels

Avec un serveur basé sur du matériel actuel rarement équipé de port série, on peut utiliser un adaptateur USB/Série auquel, pour se connecter à la prise péri-informatique on adjoint une prise DIN et une petite résistance (coût total de l’ordre de 10 euros). Ces adaptateurs ont de plus l’avantage de fonctionner directement en niveaux TTL (5V) comme le port péri-informatique du Minitel.

C’est ce que j’ai utilisé pour la “re-création” de l’Annuaire Électronique où le script python faisant office de logiciel serveur tourne sur un ordinateur fixe ou portable voire une Raspberry Pi.

Les websockets offrent la possibilité de connexion à distance ce qui permet de consulter 3615co.de,  3611.re et www.3614hacker.fr depuis un navigateur web.

Une dernière possibilité est d’émuler la modulation d’un modem V23, c’est à dire à produire le signal audio correspondant et à décoder l’audio envoyé par le minitel. En implémentant cette émulation au niveau d’un serveur téléphonique tel qu’Asterix, on peut émuler un modem accessible par VOIP.
Là aussi le chantier est ouvert et les premiers tests semblent prometteurs !

Passer de l’un à l’autre ?

Au final on a donc 3 modes de connexion relativement faciles à implémenter:

  • modem / VOIP
  • prise péri-informatique /série
  • websockets

Difficile par contre d’implémenter chacun de ces modes pour les différents serveurs restaurés ou recréés.

Avoir par exemple des websockets sur Apple //e implique d’avoir des couches TCP/IP et une connexion réseau… ce qui bien sûr n’est pas du tout évident mais pas impossible (il existe des cartes Ethernet pour Apple II gérant du TCP/IP).

L’idée de “ponts” est donc naturellement venue pour permettre par exemple à un serveur accessible uniquement un mode d’être accessible par les autres.

Un premier pont de ce type a été fait pour passer d’un serveur websocket à un Minitel via la prise péri-informatique, via un script python à faire tourner sur un ordinateur local ou une Raspberry Pi.

Un autre développement devrait permettre d’offrir un accès de type modem accessible via VOIP pour se connecter à un serveur accessible lui en websocket. À suivre…

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